Un premier bilan

Au cours des deux journées du colloque, une quarantaine de participants par séance sont venus débattre. Ils provenaient de la communauté scientifique – des chercheurs issus des sciences de la santé, humaines, sociales, naturelles et du génie, des arts et des lettres – du monde agricole, des milieux gouvernemental, journalistique, culturel et communautaire

Voici les thèmes discutés par les 14 premiers nourriciers :

  1. Nourrir la machine humaine (Caroline Durand, histoire).
  2. Cultiver l’innovation sociale par la racine (Simon Dugré, innovation sociale).
  3. Déboulonner les images d’Épinal des fermes champêtres (Michel Boulanger, artiste).
  4. Marier arts technologiques et matières résiduelles (Gisèle Trudel, artiste).
  5. Relever le défi de la durabilité et de la viabilité (Marcel Groleau, producteur agricole).
  6. Revisiter le modèle québécois à l’épreuve de la mondialisation (François L’Italien, économie).
  7. Sauver l’agriculture par la permaculture (Stefan Sobkowiak, permaculteur).
  8. Faire des agriculteurs des innovateurs en agroenvironnement (Julie Ruiz, environnement).
  9. Démocratiser les nouvelles technologies agricoles intelligentes afin de mieux voir venir (Jérôme Théau, géomatique appliquée).
  10. Connecter biotechnologies agricoles et éthique (Lyne Létourneau, éthique).
  11. Se battre contre une vision biblique de la biodiversité et la remettre dans les pratiques agricoles modernes (Pierre-Henri Gouyon, biologie et agronomie).
  12. Cerner les dynamiques à l’œuvre au sein des économies alimentaires autochtones (Sophie Thériault, droit).
  13. Rebâtir les liens entre agriculture et campagne (Diane Parent, communication des sciences).
  14. Signer un nouveau contrat entre les agriculteurs et la société (Bruno Jean, sociologie).

Le rôle du commensal était de relancer, relayer, partager les questions, opinions et idées, pour pousser les nourriciers à se dépasser, avec la complicité et l’ouverture des autres acteurs dans la salle.

Tout ce foisonnement d’idées n’avait qu’un but : amener les tablées à réfléchir sur ce que devrait contenir une exposition agriculturelle aussi bien qu’à la forme qu’elle pourrait prendre.

Un désir de partage et d’action et des défis communs

La grande diversité des participants a fait ressortir des défis communs forts et la pertinence de :

  • traiter des questions liées à l’agriculture et à l’alimentation depuis la perspective de la science, de l’art et du monde agricole;
  • solidariser campagnes et villes;
  • multiplier les points de rencontre;
  • créer un espace de partage des connaissances, des savoirs et des savoir-faire;
  • briser les silos;
  • miser sur un dialogue constant entre la science et la société;
  • travailler par pollinisation, contamination;
  • tirer profit de la diversité des approches et du fonctionnement en mode intersectoriel, malgré sa complexité;
  • établir des ponts entre la pratique des agriculteurs et celle des artistes, en raison de leur réalité et de leur rapport à la créativité et à l’innovation;
  • tabler sur des partenariats internationaux autour des questions d’agriculture urbaine, d’innovation sociale et d’alimentation durable, etc.

De la nourriture pour une exposition agriculturelle

À la lumière de ces grands défis communs, quelques idées sont ressorties pour les prochaines expositions agriculturelles, divisées en trois :

  • Des préoccupations pour problématiser une exposition
  • Des formes pour la conceptualiser
  • Des méthodes pour la mettre en œuvre
Des préoccupations
  • S’interroger sur la représentation de la ferme et de l’agriculture dans notre identité et notre imaginaire collectif.
  • Démystifier et démythifier les images d’Épinal de l’agriculture (comme de la culture artistique).
  • Remettre en question le lien intime qui unit agriculture et culture (artistique).
  • Participer à la reformulation du contrat social entre les agriculteurs et la société, afin de suturer une série de ruptures au fil des années (en matière de territoire, d’environnement, de démographie, d’alimentation).
  • Cerner davantage les enjeux autour du développement d’une agriculture mondialisée et révéler les forces économiques en présence.
  • Considérer la complexité des modèles agricoles et penser l’agriculture comme durable, reproductible, viable et transmissible.
  • Repenser de nouvelles façons de pratiquer l’agriculture inspirée des notions d’écosystème et de biodiversité des espèces cultivées.
  • Refaire le lien entre l’aliment et son consommateur, entre la ville et la campagne, entre la personne humaine et son écosystème.
  • Partager la responsabilité collective de nos actions, que l’agriculture est un bien public et que les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables de son développement.
  • Élargir notre conception du risque, en matière de sécurité, d’acceptabilité, d’accessibilité.
  • Apprendre des sociétés qui ne sont pas fondées sur l’agriculture (les Inuits notamment).
Des formes
  • Concept d’exposition viable, reproductible, modulaire, transmissible
  • Exposition mobile (sur tout le territoire et non seulement en ville) et exportable
  • Exposition pas nécessairement entre 4 murs
  • Espaces d’exposition à exploiter, par exemple : serres, living labs, bâtiments de ferme, granges, bâtiments inutilisés, etc.
  • Images, entre autres des représentations artistiques à partir d’une recension des pratiques actuelles de l’art en milieu agricole
  • Modélisations en 3D (comme celles de l’artiste Michel Boulanger) et installations
  • Modèles, par exemple : arbre à palabres, cartographie comme forme de représentation, utilisation des machineries et des bâtiments agricoles
  • Alliés : s’adjoindre des chefs cuisiniers
Des méthodes
  • Privilégier des approches basées sur l’action, soutenues par des approches de design.
  • Assurer la participation des différents acteurs à toutes les étapes de discussion, conception et réalisation.
  • Éviter la position de l’expert, tout en accueillant les expertises de chacun.
  • Inviter les artistes en tant que chercheurs.
  • Amener la campagne en ville et la ville à la campagne (résidences d’artistes, visites des écoles à la ferme, etc.).
  • Tenir des ateliers collaboratifs et produire des espaces régionaux de discussion.
  • Coopérer en travaillant sur les « dissensus », des positions au départ irréconciliables et croire aux vertus des « chicanes ».
  • Utiliser les symptômes pour mettre nos pratiques en ordre et revenir sur le gros bon « sens » appliqué.
  • Mettre l’innovation et la créativité au service du modèle québécois.
  • Amener la culture à la nature et vice versa.
  • S’adresser directement aux enfants (qui seront notre relève sur tous les plans).